Texte du mois

 

Rose-Croix, histoire et mystères 

Christian Rebisse

 

 

Ce livre, qui n’engage que les idées de son auteur, est publié par la Diffusion Rosicrucienne et sous l’égide de l’Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix.

Extrait du chapitre « LA CRISE DE CONSCIENCE EUROPÉENNE »

 

 

POUR  aborder  les  origines  du  rosicrucianisme,  nous  avons  été  amené  à  nous  interroger  sur  les  sources  et  les  racines  de  l’ésotérisme  occidental.  Il  nous

reste à examiner maintenant le terrain qui va permettre à la rose de fleurir sur la croix. Il est en effet indispen­sable de peindre le tableau de l’époque qui voit éclore le rosicrucianisme pour comprendre l’impact extraordi­naire qu’eurent les publications des Manifestes rosicru­ciens. En effet, à l’aube du xvn- siècle, l’Europe est en pleine mutation. On a souvent parlé à ce propos de « crise de conscience européenne ». Comme l’indique Alexandre Koyré, pendant cette période,« l’esprit européen a subi – ou accompli- une révolution spirituelle très profonde, révolution qui modifia les fondements et les cadres mêmes de notre pensée 1 ». S’il est nécessaire d’évoquer ces points, c’est parce que les écrits rosicruciens vont se présenter comme offrant une réponse possible à la crise que traverse cette époque 2

Le développement d’une nouvelle cosmologie n’est pas étranger à l’angoisse qui frappe le xvn- siècle. En effet, avec les découvertes de Nicolas Copernic (14 73-1543), l’astronomie a renoncé au système de Ptolémée qui régnait en maître depuis des siècles. On est passé de l’image d’un monde clos à celle d’un univers infini, dont la Terre, et par conséquent l’homme, ne sont plus le centre. Du même coup, la théorie des épicycles, au moyen de laquelle Ptolémée expliquait les mouvements des planètes, s’écroule. Le chapitre XIII de la Confessio Fraternitatis se moquera de cette théorie vaine.

Cette nouvelle vision du monde génère trois positions conflictuelles. D’abord, avec Galilée (1564-1642), elle instaure une nouvelle attitude scientifique et ouvre la voie à une vision rationnelle de l’univers, celle d’un monde réduit à une dimension géométrique. Exploitant la découverte récente du télescope par un Hollandais, Galilée construit une lunette qui lui permet de combiner mathématiques et observation. On imagine aisément l’attitude de l’Eglise face à cette vision du monde qui est en décalage avec les Ecritures. Elle condamnera le sys­tème de Copernic, et Galilée sera bientôt contraint d’abjurer ses théories. Cet événement marque le divorce entre l’Eglise catholique et la science. Il inaugure une lon­gue période pendant laquelle le fanatisme dogmatique tentera de réduire à néant la recherche scientifique. Giordano Bruno et Galilée en seront d’ailleurs victimes.

Johannes Kepler (1571-1630) offre une troisième voie.

Contemporain de Galilée, il fut l’assistant de Tycho Brahé à la cour de Rodolphe II,« l’Hermès allemand». Johannes Kepler porte un regard différent sur l’univers en com­binant l’héliocentrisme avec l’hermétisme de la Renais­sance. Dans son Mysteriuni cosmographicum (1596), il fait du Soleil le centre de l’Ame du Monde, la source qui communique le mouvement à l’âme des planètes. Il chan­gera bientôt d’avis sur ce dernier point, et dans la réédi­tion de cet ouvrage en 1606, il indique qu’il convient de remplacer dans cette édition le mot « âme» par celui de «force». Ce changement de position lui vaudra une célè­bre controverse avec Robert Fludd 3

Cette vision du cosmos fait resurgir un problème posé par Démocrite, celui du vide dans lequel se meut l’univers. Depuis Aristote, cette question avait été jugée sans fondement, mais au xvr- siècle la question revient Cette théorie, qui soulève le problème de la toute-puis­sance de Dieu, est alors un sujet de polémique 4. C’est pro­bablement pour cette raison que l’on trouve dans la Fama Fraternitatis la formule : « le vide n’existe pas ». L’ensemble de ces éléments change la relation des hom­mes avec l’univers. Celui-ci est démythifié, observé comme une vaste mécanique dont on peut étudier les rouages d’une manière rationnelle.

 

 
   

– Fin de l’extrait –